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| Titre : | Théodore Steeg, Histoire de la Méditerranée, pour la direction du Petit Journal (2) |
| Interprète(s) : | Théodore Steeg |
| Fichier audio : | |
| Support d'enregistrement : | Disque |
| Format : | 30 cm aiguille (enregistrement électrique) |
| Lieu d'enregistrement : | Paris, France |
| Marque de fabrique, label : | Pyral zinc – 3709 – Radio informations – 55 avenue Georges V – Paris |
| Numéro de catalogue : | 700 |
| Numéro de matrice : | Py179 |
| Date de l'enregistrement : | 1938-xx-xx |
| État : | Exc |
| Vitesse (tours/minute) : | 78 |
| Matériel employé au transfert : | Stanton 150, SME-Clément, pointe 2,2E sur Shure M44, Elberg MD12 : courbe US30, Cedar X declick, decrackle |
| Date du transfert : | 17-05-2019 |
| Commentaires : | Texte du contenu ci-joint. |
| Texte du contenu : | Théodore Steeg, Histoire de la Méditerranée
1. La direction du Petit Journal m'invite à vous parler de la Méditerranée. Je ne songe à vous entraîner dans une croisière ni dans une croisade. Je ne songe même pas à vous transporter sur cette Côte d'Azur .... lors des dernières vacances du Nouvel-An... . le président du Conseil, monsieur Daladier venu y chercher un repos bien gagné. Il s'est abandonné à la ... artistique des jardins embaumés, des rives ensoleillées, du ciel limpide et bleu de la Méditerranée mais j'imagine qu'il ... distraire sa pensée des bombardements de la....espagnole à Malaga, à Valence, à Barcelone. Les manœuvres ... allemandes.... des suites de la signature de l'accord anglo-italien et aussi des conséquences possibles des pourparlers engagés en son absence .... qui viennent d'ailleurs de se terminer..... méditerranéens se posent des problèmes délicats et angoissants qui engagent la sécurité de la France. ... Cette Méditerranée que la nature semble avoir destinée à inspirer chez ceux qui la contemplent la joie de vivre et la douceur d'aimer a été au cours des siècles bouleversée par de hautes tempêtes qui ont secoué violemment les navires mais aussi les peuples. Comment nous en étonner ? Elle sépare et rapproche les deux parties de l'ancien continent, elle est le point de rencontre où s'entrecroisent ....... courants artistique, religieux et économiques qui vont de l’Orient à l'Occident et refluent de l'Occident vers l'Orient. L'histoire grecque est caractérisé par les conflits qui agitent l'Europe et le triomphe de celle-ci. Rappellerais-je les guerres puniques, Hannibal amenant son armée aux portes de Rome et Scipion traversant la mer pour s'emparer de Carthage ? L'occupation romaine survécut pendant six siècles en Afrique du Nord édifiant une civilisation dont nous savons qu'elle fut remarquable tant par son raffinement matériel que par sa délicatesse intellectuelle et morale et pourtant il n'en est rien resté. Les Vandales vont passer là, les Arabes surviennent, ils .... jusqu'à Poitiers ....... la nation castillane et l'empire andalou. Les musulmans d'Afrique ont gardé la nostalgie de cette Andalousie et, pour le dire en passant, je crois que si les Marocains de la zone espagnole qui avaient été...insurrection......... les ennemis haineux et implacables de l'Espagne ont si facilement accepté de franchir le détroit de Gibraltar pour se joindre aux troupes du général Franco, c'est sans doute à cause de la misère où les a précipités une année sans récolte mais aussi peut-être parce qu'ils éprouvaient comme la joie orgueilleuse d'une revanche en venant se battre sur une terre que leurs ancêtres avaient longtemps dominée et façonnée. La lutte de l'Occident et de l'Orient, de la chrétienté et de l'Islam se poursuit ....sa lutte contre ... en Égypte... il médite d'y installer la foi chrétienne mais aussi de prendre pied sur la terre d'Afrique. 2. Ils vint devant chez nous en 1270, laissant à ses successeurs le souvenir d'une tentative qu'ils n'oublient pas s'ils hésitent ou tardent à la renouveler. C'en est fini des vastes mouvements de masses qui lancent deux races, deux religions l'une contre l'autre. La Méditerranée n'en reste pas moins un champ de bataille. La piraterie s'exerce partout et pour tous. Les Européens s'y livrent comme les Africains. Il se vend autant d'esclaves musulmans en Europe que d'esclaves chrétiens en Afrique. Les nations européennes qui peu à peu dégagent leur unité de ce chaos universel ne se concertent pas pour combattre ce banditisme. Espagnols, Anglais, Français se livrent à des tentatives de répression successives dispersées et inopérantes. Louis XIV fit bombarder sévèrement Alger par Duquesne mais d'autres soucis détournèrent ailleurs son attention. Il en fut de même de Bonaparte qui avait cependant une claire vision de ce qu'il était possible de faire en Algérie. Mais, alors que les chefs d’État hésitent, les armateurs du Roussillon, de Provence et même de Normandie et de Bretagne se dirigent vers la lointaine Afrique. Marseille .... s'abandonne au goût du risque .. de l'aventure créatrice qu'elle a hérité de ses ancêtres phocéens, elle sillonne la mer, réussit à traiter avec les pirates barbaresques, leur vend, leur achète des marchandises, se fait concéder des établissements tels que le bastion de France ..., le comptoir de La Calle, un autre près de Tunis ... des résidents français, négociants, artisans, religieux. Ainsi naissent non pas des privilèges de souveraineté territoriale mais des intérêts spéciaux considérables qui demandent à la France d'une façon pressante et longtemps vaine de les faire respecter. Elle s'y décide enfin, exaspérée qu'elle est par les chicanes, les injures, les pillages,les violences que multiplie le Dey d'Alger. L'armée française débarque à Sidi-Ferruch et s'empare d'Alger le 4 juillet 1830. Ce fut un événement d'une immense portée et nous avons eu raison d'en célébrer il y a six ans le centenaire et d'en souligner ainsi l'importance française, méditerranéenne et humaine. La France est ainsi la première puissance occidentale qui dans les temps modernes ait installé son autorité sur l'Afrique du Nord. Elle y a été conduite moins par la volonté hésitante de ses dirigeants que par une sorte d'instinct profond qui lui a fait pressentir que si elle ne prenait pas possession de l'Algérie d'autres puissances s'en saisiraient. De même elle a pris les devants et en Tunisie et au Maroc. Elle a ainsi réalisé une condition essentielle de son indépendance et de sa prospérité. Imaginez que nous n'ayons pas débarqué à Sidi-Ferruc en 1830, supposez que l'Angleterre, déjà maîtresse de Gibraltar et de Malte, le fût devenu aussi de la côte algérienne et vous en conclurez que la Méditerranée devenait un lac anglais. Grâce à notre action continue, la Méditerranée n'est ni anglaise, ni italienne, ni française, elle s'offre comme un vaste domaine ouvert à toute activité pacifique et civilisatrice. 3. Le succès même de notre entreprise africaine a suscité chez d'autres puissances l'ambition de suivre notre exemple avec le regret de ne pas l'avoir précédé. Il a déterminé chez les peuples asservis de la Grèce et des Balkans une impatiente aspiration d'affranchissement qui peu à peu a été satisfaite. En recouvrant son unité, l'Italie, en vertu de sa position géographique et de ses glorieux souvenirs historiques devait aspirer légitimement à jouer un rôle important dans la mer qui l'entoure de trois côtés. Mais l'attraction de cette Méditerranée n'était pas moins exercée sur les peuples du Nord. Pendant des siècles, la Russie a tourné ses regards vers Constantinople, elle rêvait mystiquement au rétablissement de la croix grecque sur la mosquée de Sainte-Sophie mais elle calculait aussi l'intérêt qu'il y aurait pour elle, puissance européenne et asiatique, à la fois à assurer le contrôle des détroits et le libre accès à la Méditerranée. Si, en août 1914, alors que les navires de guerre allemands, le Goeben et le Breslau, après avoir bombardé les ports algériens de Philippeville et de Bône s’élançaient à Constantinople, nous avions su arrêter leur course, franchir le détroit, maintenir les communications entre la France et la Russie, la guerre certainement eût été plus courte et le sort de notre grand allié peut-être très différent. N'oublions pas qu'en 1869 s'est produit un événement qui allait renouveler et prodigieusement transformer et accroître le rôle de la Méditerranée non seulement dans la conférence des nations européennes mais dans les relations intercontinentales. L'isthme du Suez a été percé. Le canal constituait une œuvre grandiose que des Français avaient conçue, que des Français avaient exécutée. Il faisait de la Méditerranée la route des Indes, rapprochait l'Europe de l’Extrême-Orient, ouvrait aux puissances occidentales de larges perspectives de trafic commercial et d'activité politique. Il s'ensuivit entre la Grande-Bretagne et la France un renouveau d'émulation accompagné de divergences et de conflits qui eurent leur expression la plus inquiétante lors des incidents de Fachoda. L'esprit de conciliation, la volonté pacifique de deux grandes démocraties occidentales permirent d'harmoniser les intérêts en présence en les localisant. L'Angleterre exerçait une action prédominante en Égypte, l'Italie en Tripolitaine, la France au Maroc. Grâce au canal de Suez, la France étendait bientôt son autorité sur Madagascar et sur l'Indochine, l'Angleterre sur l'Afrique orientale et l'Italie, hier, sur l'Abyssinie. Excusez-moi d'avoir évoqué en un raccourci précipité, saccade et forcément ingrat tant d'événements anciens ou récents. J'ai voulu souligner le devoir qui s'impose à notre pays de suivre avec une vigilance attentive les incidents qui peuvent se produire sur les rives occidentales, méridionales, orientales de cette mer charmante et perfide qui a ballotté le sort de tant de puissantes nations et en a précipité la grandeur ou la décadence. Nous avons créé en Afrique du Nord un empire que les uns admirent mais que d'autres convoitent. Qui pourrait cependant méconnaître que cette terre africaine arrosée par le sang de nos soldats, fécondée par le labeur des générations successives, pacifiée par une politique de fermeté, de justice et de générosité, elle est devenue partie intégrante du patrimoine français ? 4. Elle constitue un élément vivant de notre chair, un reflet de notre génie, une assise de notre sécurité. Comment s'étonner dès lors si nous ouvrons largement les yeux sur tout ce qui peut ralentir ou compromettre les communications de la Tunisie, de l'Algérie, du Maroc avec la métropole ? Lors de la dernière guerre, nous avons connu les obstacles périlleux que les sous-marins allemands qui s'abritaient déjà et se ravitaillaient sur la côte espagnole dressaient sur le passage de nos troupes africaines. Nous imaginons aisément le péril que pourrait demain faire courir à l'Angleterre comme à nous-mêmes l'occupation par des forces ennemies de ces îles Baléares qui dominent les routes de Gibraltar à Malte et de Marseille à Alger. Vous avez lu dans la presse ces derniers jours les récits du débarquement de forces allemandes sur la côte du Maroc espagnol. Ces forces, on en a discuté le caractère et l'importance mais un fait reste certain : l'Allemagne reprend la méthode alternativement insinuante et brutale qu'elle avait employée au Maroc français avant que le traité de Versailles ne lui en eût, théoriquement au moins, interdit l'accès. Elle ne procède point, ou du moins pas encore, par des manifestations tapageuses comme celles auxquelles se livrait Guillaume II à Baldar (?) en 1903, à Tanger en 1904 alors qu'il se proclamait le protecteur des musulmans et le défenseur de l'indépendance du Maroc. Par des infiltrations suspectes, par une propagande insinuante et variée, l'Allemagne travaille pour des fins égoïstes à ébranler l'autorité française en Afrique du Nord. Avec une tranquille fermeté, sans hausser le ton mais sans baisser les yeux, nous avons dénoncé la manœuvre. L'Allemagne se bercerait-elle de l'espoir d'obtenir le concours des indigènes musulmans pour le succès de son entreprise ? A-t-elle donc oublié que ces soldats d'Afrique, elle les a déjà rencontrés non pas dans ses rangs mais en face d'elle, contre elle, sur la Marne et dans les Flandres, sur la Somme, à Verdun, en Orient ? Et eux-mêmes, les indigènes musulmans, n'entendent pas retomber dans l'anarchie sanguinaire d'où la France les a fait sortir. À notre contact ils ont secoué leur antique indolence, ils comprennent la valeur de l'action qui rend le présent meilleur et prépare plus de bien-être pour l'avenir, ils secouent leur fatalisme ancien, ils manifestent des besoins nouveaux. Comment nous en étonner ? Pourquoi nous en alarmer ? N'est-ce pas la rançon de l'action civilisatrice que tout progrès acquis appelle, exige encore d'autres progrès. Les indigènes d'Afrique du Nord l'ont compris, ils comprennent que nous les appelons à une collaboration de plus en plus étroite et fraternelle et ils n'accepteront pas qu'une tornade de fanatisme et de violence vienne bouleverser jusque dans ses fondements la civilisation de justice, de tolérance et de beauté qui s'épanouit sur les rives de la Méditerranée, de la Méditerranée africaine, de la Méditerranée française. |
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