| Texte du contenu : | Nous sommes sabotés
Ah ! ah ! ça m' fait rigoler. C' soir-là, on discute avec un, avec un type qu'est là, il dit qu'on est l' chef-d’œuvre de la création, nous, les hommes. Mais r'gardez nos pieds, mais r'gardez-moi les pieds, mais c'est un champ d' culture pour les oignons et les œils de perdrix. Mais en fait d’œil, pourquoi qu'on a deux œils là, qu'on n'en a pas deux par derrière ? Ben, on verrait c' qui s' passe derrière soi. Mais nous sommes sabotés, absolument ! C'est comme les ch'veux, est-c' qu'on a besoin d' cheveux ? Ben moi, à mon âge, ils sont pas encore poussés, les miens. Mais nous sommes sabotés ! Eh ben, et les dents ! Quand j' pense qu'on a trente-deux dents dans trente-deux positions différentes. Mais c'est dégoûtant ! L'autre fois, je rentre dans un salon, y a le domestique qui m' dit : Monsieur, faites attention parce que vos dents s' déchaussent. Mais j' trouve ça dégoûtant, moi. Et les bras ? est-c' qu'on a besoin d' bras ? T'nez, r'gardez la Vénus de Milo, est-c' qu'elle en a des bras ? ben, ça l'empêch'ra pas d' foutre le camp du Louvre un jour ou l'autre comme la Joconde. Mais nous sommes sabotés, absolument ! Et la bouche, et la bouche ? Mais on a la bouche bien trop haut. Si j'avais la bouche à la hauteur du nombril, je mange ma soupe, je renverse pas sur mon pardessus. Mais nous sommes sabotés ! C'est comme le nez, j'ai l' nez bien trop haut. J'aurais l' nez dans la cuisse, je prends mon mouchoir, je m' mouche, personne n'y voit rien. Mais nous sommes sabotés, absolument ! Au lieu d'avoir un tas d' boyaux et de poumons qui vous donnent l'appendicite, la gigite, la bronchite et la pomme de terre frite, on d'vrait avoir un tout-à-l'égout bien installé, on tir'rait une p'tite ficelle et puis tout s'rait dit. Nous sommes sabotés, absolument ! Y a une chose épatante, ah ! ça, alors c' 't épatant, c' 't un p'tit machin qui va et vient comme ça, qui r'mue et puis qui s'en va et puis qui vient. Oh ! naturell'ment vous croyez que j' vais dire une petite, une petite dégoûtation, mais non, c'est la langue. Si on n'avait pas la langue, on s'rait bien embêté. Tenez, nous sommes entre nous, n'est-c' pas ? ça n' sortira pas d'ici. Eh bien, moi, j'ai un p'tit derrière, oh ! c'est un amour, une petite merveille, on dirait une glace à la vanille. Seul'ment, naturell'ment, à force de m'asseoir dessus, ça s' griffe. Si je l'avais sur les épaules, ça irait tout seul, ça s' confondrait avec mon crâne. Mais nous sommes sabotés, absolument !
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