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Titre :Le professeur A. Piccard parle de la stratosphère et de l'avenir de l'aviation (2e partie)
Interprète(s) :Auguste Piccard
Fichier audio :
Photo(s) :
PhotoPhoto
Support d'enregistrement :Disque
Format :25 cm aiguille (enregistrement électrique)
Lieu d'enregistrement :Paris, France
Marque de fabrique, label :Polydor
Numéro de catalogue :522529B
Numéro de matrice :5946 1/2BKP
Date de l'enregistrement :1932-1933
Vitesse (tours/minute) :78
Matériel employé au transfert :Stanton 150, pointe 2.5ET sur Shure, Elberg MD12 : courbe US30, Cedar duo declickle, dehiss
Date du transfert :26-06-2024
Commentaires :Texte du contenu ci-joint. Auguste Piccard (1884-1962) est un physicien, aéronaute et océanaute suisse. Bien qu'il ait produit de nombreuses publications scientifiques dans divers domaines, son nom reste attaché à l'exploration de la verticalité par des moyens hydrostatiques : le ballon à hydrogène pour la stratosphère et le bathyscaphe pour les fosses marines. Son parcours scientifique et son physique inspirent à Hergé le personnage du Professeur Tournesol dans les aventures de Tintin. C'est également en son hommage et celui de son frère Jean qu'a été nommé le personnage de Jean-Luc Picard de la série Star Trek.
Texte du contenu :Le professeur A. Piccard parle de la stratosphère et de l'avenir de l'aviation


Il n'est pas possible dans un laps de temps de six minutes de raconter en détail les ascensions en ballon libre que j'ai pu faire dans les hautes parties de notre atmosphère grâce à l'intervention du Fonds National de la Recherche Scientifique Belge. J'aimerais plutôt aujourd'hui vous donner un petit aperçu sur une question secondaire qui vous montrera combien la navigation stratosphérique peut devenir passionnante. Vous me direz tout de suite : "Pourquoi en ballon libre ? Pourquoi avez-vous pris le ballon libre ? Ce n'est pas intéressant, actuellement on a l'avion qui vaut bien mieux" Eh bien, oui, vous avez raison et tort en même temps. L'avion présente beaucoup d'avantages sur le ballon. Mais l'avion n'a pas encore conquis la stratosphère. Il a tout juste pénétré dans les parties inférieures de cette partie de l'atmosphère. Il s'agissait pour moi de monter et de travailler. J'avais besoin d'un engin qui fonctionne. C'est le ballon libre. En outre, j'avais l'idée qu'en montant en ballon libre dans la stratosphère, je montrerais que l'on peut vivre là-haut à condition d'avoir une cabine étanche. J'ai beaucoup d'admiration pour les pilotes d'avion qui, grâce à leur sang-froid, à leur constitution physique, réussissent à franchir la limite des 10.000 mètres mais je ne crois pas que c'est là l'avenir. À mon avis, les hommes qui supportent de vivre au-dessus de 10.000 mètres, même avec l'oxygène, sont des exceptions. Et si l'aviation doit devenir régulière, commerciale comme on dit, dans la stratosphère, il faudra la cabine fermée. Eh bien, je suis heureux d'avoir pu montrer que cette cabine fermée, étanche, qui maintient la pression atmosphérique telle que nous l'avons normalement ici en bas, je suis content d'avoir pu montrer que cette cabine fonctionne très bien et qu'on se porte parfaitement bien dans cette cabine. Il suffit de donner un peu d'air frais régulièrement ou d'engendrer, de régénérer l'air par les moyens chimiques qui sont tout à fait dans le domaine courant. Vous me direz peut-être maintenant : "Mais parle-t-on tant de l'aviation stratosphérique puisque les avions marchent très bien dans l'atmosphère basse à quelques mille mètres ? Quel est le but de monter là-haut ? Le voyage ne deviendra pas plus court par le fait que l'on monte". Eh bien, il y a une raison, il y a plusieurs raisons. L'essentielle c'est la vitesse . Un avion ici en bas fait 150, 200, peut-être 300 kilomètres à l'heure mais il ne peut pas aller plus vite à moins de gaspiller de l'essence d'une façon prohibitive au point de vue commercial, au point de vue exploitation des lignes. Vous savez que plus on monte dans notre atmosphère plus la densité de l'air diminue. Si l'on monte aux environs de 16.000 mètres, l'air n'a plus qu'une densité égale au dixième de la densité normale de l'atmosphère telle que nous l'avons au niveau de la mer. Eh bien, un avion, pour voler, il a besoin de vitesse et il a besoin d'air. La force portante d'une aile d'avion est proportionnelle au carré de la vitesse et à la densité de l'air. Si donc un avion veut voler à 16.000 mètres d'altitude où l'air est dix fois moins dense, il faut qu'il aille plus vite, √10 fois plus vite, c'est à dire à dire à peu près trois fois plus vite qu'en bas. Donc un avion qui ici en bas fait 200 kilomètres à l'heure doit, pour voler à 16.000 mètres, avancer à raison de 600 kilomètres à l'heure. Mais il ne doit pas seulement, il peut aussi. Ici en bas, le même avion ne pourrait pas aller à une vitesse de 600 kilomètres à l'heure parce qu'il aurait une résistance d'air beaucoup trop grande. Là-haut, la résistance de l'air diminue dans le même rapport où diminue la force portante de l'air. Et par le fait que l'air est moins dense, l'avion peut aller plus vite. Il aura en fait... éprouvera la même résistance et il rencontrera la même force portante de l'air en allant là-haut trois fois plus vite qu'ici en bas. Il consommera... La force... Toutes les forces seront les mêmes mais, les vitesses étant trois fois plus grandes, le moteur devra fournir un travail trois fois plus grand. Il consommera trois fois plus d'essence à l'heure mais comme il avancera trois fois plus vite, l'avion consommera la même quantité d'essence mesurée aux mille kilomètres parcourus. Si l'on réfléchit un peu, on voit que rien ne s'oppose à ce que l'aviation utilise cette stratosphère pour les voyages à venir. Là-haut, nous avons le beau temps éternel, jamais de nuage, jamais de brouillard, jamais de formation de glace, jamais des trous d'air, donc bien-être aussi pour les passagers et très grande sécurité. L'avion aura, je vous ai dit, trois fois plus de force motrice, donc trois moteurs, mettons, au lieu de un. Et si un moteur est en panne, eh bien, l'avion pourra toujours descendre quelques mille mètres et continuer avec deux. Il pourrait même avoir un moteur, évidemment en marchant plus lentement, avancer et traverser encore l'Atlantique. Vous voyez donc que New York sera à une petite journée de l'Europe. On pourra le matin s'embarquer pour entendre le soir un concert à New York. Voilà un rêve d'avenir. Et je puis terminer cette petite causerie en exprimant non seulement mon espoir mais ma conviction que ce que je viens de vous dire ne restera pas longtemps un rêve d'avenir mais sera bientôt réalisé. Si nous voyons à quelle vitesse tous les progrès se font, nous pouvons espérer sincèrement que les progrès dont je vous parle pourront être très prochainement réalisés.



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