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Titre :La forêt ensorcelée
Compositeur(s) et-ou auteur(s) :Jean Jaurès
Interprète(s) :Lucien Le Foyer
Genre :Discours de circonstance
Fichier audio :
Photo(s) :Photo
Support d'enregistrement :Disque
Format :30 cm aiguille (enregistrement électrique)
Lieu d'enregistrement :Paris, France
Marque de fabrique, label :Ligue française de l'enseignement (fédération de S. et O.) - Collection scolaphone - enregistrement VEG-∆
Numéro de catalogue :Série type B.J.38
Inscriptions complémentaires :2-8-32
Date de l'enregistrement :1932
Vitesse (tours/minute) :78
Matériel employé au transfert :Stanton 150, pointe 2,2ET sur Shure, Elberg MD12 : courbe Westrex, Cedar duo declickle
Date du transfert :04-10-2024
Commentaires :Texte du contenu ci-joint.
Texte du contenu :La forêt ensorcelée


Si vous me pressiez de m'aventurer à mon tour en des prophéties, je ne pourrais guère vous répondre que par un symbole un peu étrange et obscur encore que j'ai lu par fragments dans les légendes de Merlin l'enchanteur, dans les Contes des Mille et une Nuits et dans un livre encore inconnu.
Il y avait une fois une forêt ensorcelée, farouche, dépouillée et aiguë. Sous l'âpre vent d'hiver indéfiniment continué, les arbres se froissaient, se heurtaient les uns aux autres avec un bruit de glaives brisés. Enfin, quand, après une longue série de nuits glacées et de jours pâles semblables à des nuits, les êtres et les choses ressentirent les premières sollicitations du printemps, les arbres prirent peur de la sève qui remuait en eux. Et à chacun d'eux, le génie solitaire et âpre qui vivait sous sa rude écorce disait tout bas avec un frémissement obscur qui montait des racines profondes : « Prends garde ! Si tu te risques le premier aux tentations de la saison nouvelle, si le premier tu développes en feuilles et en fleurs tes bourgeons aigus comme des lances, cette délicate parure sera dévastée par les froissements rudes des arbres plus lents à fleurir. » Et avec une insistance particulière, un mélancolique et fier génie disait au grand chêne druidique où il était enfermé : « Voudras-tu donc, toi dont l'orage a brisé de nobles rameaux, participer à l'universelle fête de vie ? »
Ainsi, dans la forêt ensorcelée, la réciproque défiance refoulait la sève, et, jusque sous les appels du printemps, prolongeait le dur hiver pareil à la mort. Qu'advint-il un jour, et par quel mystère l'ensorcellement funeste fut-il rompu ? Quelque arbre se risqua-t-il le premier, comme ces peupliers d'avril qui jaillissent en une fusée de verdure et donnent au loin le signal du renouveau ? Ou un rayon de soleil plus chaud et plus vif décida-t-il à la fois toutes les sèves ? Mais la forêt éclata tout entière en une magnifique abondance de joie pacifique.
Messieurs, si vous me permettez d'ajuster mon toast à ce vieux symbole, et de lui donner devant vous, avec vous, la forme antique d'une invocation à la nature, je bois au vif rayon qui décidera toute la forêt.



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