| Texte du contenu : | L'école et la paix
Comment l'école de la démocratie ne serait-elle pas l'école de la paix ? Quels principes, quelles vertus constituent essentiellement l'âme de l'école nationale communale laïque ? À cette question, Léon Bourgeois répondait par ces deux mots : Tolérance et vérité. La tolérance ? L'école laïque rapproche et unit sur les mêmes bancs le fils et la fille du catholique, du protestant, de l'israélite, du libre penseur. L'école crée et prouve la paix nationale, la paix sociale. La vérité ? Elle est du côté de la paix qui est la vie. La patrie, quand elle fait la guerre, loin de puiser sa grandeur dans le sacrifice de ses enfants, perd son sang par d'irréparables blessures. La sauvegarde des patries, c'est la paix. La véritable défense nationale, c'est la création et le développement de l'organisation de la paix. Par quelle méthode organiser la paix ? Il n'y a là ni nouveauté ni mystère. La méthode constante, universelle, classique, c'est la constitution des trois pouvoirs : judiciaire, législatif et exécutif. Comme la paix a été établie dans les cités, elle doit être instaurée dans la civilisation, cette cité des cités. La France est demeurée pendant des siècles un champ de bataille où se sont heurtés ces peuples hostiles, gaulois, romains, germains comprenant les Francs, Normands, Arabes, Anglais, ces pays si divers, Île-de-France, Aquitaine, Bourgogne, Bretagne, cent autres, tous les duchés, comtés, marquisat, baronnies, toutes les cités féodales, tout un chaos de patries. Puis elle est devenue une société de nations, d'abord fédératives, enfin unitaires. Ce passé de la France qui est aussi le passé de toutes les nations, c'est l'avenir de l'Europe. L'Europe devra s'unir ou périr. Certainement et à peine de ne plus être, elle sera, suivant la formule de Victor Hugo, les États-Unis d'Europe ou selon le plan d'Aristide Briand l'union fédérale européenne. Elle deviendra le peuple unanime dont les nations seront les provinces et l'éducation sera nécessairement internationale avec des programmes internationaux, des inspecteurs internationaux et un ministre international de l'instruction publique. Ces vérités aujourd'hui s'imposent. La guerre en a été la démonstration par l'absurde. Que les maîtres le comprennent, que les pères et mères de famille sentent profondément la nécessité de cette grande révolution de la paix ! Savons-nous défendre nos enfants contre la guerre ? Nous nous montrons indignés de ces crimes que rapportent la légende et l'Histoire commis au nom de la raison d’État par des parents dénaturés, Iphigénie sacrifiée, la fille de Jephté immolée, les fils de Tyr et de Carthage dédiés à Moloch, livrés aux flammes dans l'idole d'airain... Et nous, nous aussi nous sacrifions nos fils pour obtenir la victoire. Sachons donc enfin défendre la famille, l'amour, l'humanité, la cité, la vie !
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