| Texte du contenu : | 28 septembre 1864, la première internationale
L'Association Internationale des Travailleurs, la première Internationale, fut fondée le 28 septembre 1864 à Londres. Elle donnait corps et vie au grand cri de ralliement que, dix-sept ans auparavant, Marx et Hegel, à la fin de leur manifeste des communistes, avaient lancé à travers le monde : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Les fondateurs de la nouvelle organisation comprenaient des ouvriers trade unionistes anglais, des délégués ouvriers parisiens, des réfugiés italiens, polonais, français, allemands. Parmi ceux-ci Karl Marx qui, depuis quatorze ans, vivait en exil Outre-Manche. L'internationale, a dit Kautsky, apparut modeste plante née spontanément, que Marx ne crée pas mais dont il reconnaît aussitôt l'importance qu'il soutient de son intelligence supérieure et fait croître en un arbre vigoureux. Marx en effet exprimait magnifiquement dès sa fondation ses objectifs et sa méthode. Dans ses immortels Considérant... où il affirmait que l'émancipation de la classe ouvrière devait être l’œuvre de la classe ouvrière elle-même, que la subordination économique du travailleur à ceux qui ont monopolisé la propriété des moyens de travail constitue le fondement de la servitude sous toutes ses formes, il proclamait que l'émancipation du travail est un problème qui n'est ni local ni national mais social embrassant tous les pays dans lesquels existe la société moderne. Il traçait le programme de la politique étrangère du socialisme opposé aux criminels desseins des chancelleries et des diplomaties secrètes mettant en jeu les préjugés nationaux pour répandre dans des guerres de pirates le sang et l'argent du peuple. Le Conseil Général de l'Internationale siégeait à Londres. Elle tint ses congrès à Genève en 66, à Lausanne en 67, à Bruxelles en 68, à Bâle en 69, enfin à La Haye en 1872. Immense espérance pour les travailleurs européens dont s'éveille la conscience de classe, dotée par leur imagination d'un prestige et d'une puissance matérielle d'ailleurs purement imaginaire, l'Internationale, objet de la haine des gouvernants et des classes possédantes, se débat au milieu du chaos des idées qui existent alors au sein de la classe ouvrière : les anciens utopistes, Saint-Simon, Fourier, Robert Owen, l'insurectionalisme de Babeuf transmis par Buonarroti à Blanqui, le mutuellisme de Proudhon, philosophe des petits bourgeois et des paysans, le trade unionisme anglais encore tout imprégné de libéralisme bourgeois, l'utopisme anarchiste représenté par Bakounine. Marx lutte âprement pour faire prévaloir sa méthode, le corps de doctrine précis qu'il apporte au monde du travail, sa conception claire et nette d'un mouvement de classe unitaire et discipliné. Les proudhoniens définitivement vaincus au congrès de Bâle, c'est Bakounine qui se dresse avec sa dissidence russe. Cruellement atteinte par la défaite de la Commune, l'Internationale est achevée par lui. La première Internationale suscita dans les foules ouvrières de brûlants enthousiasmes que traduit le chant La Jurassienne. Mais même dans sa période la plus prospère, elle ne fut qu'un groupement de militants où les masses ne figuraient que sur le papier. Pour qu'elle devînt une réalité, il fallait que dans chaque pays à la base un puissant mouvement ouvrier socialiste se développât. Alors put se reconstituer en 1889 à Paris la deuxième Internationale qui grandit sans cesse jusqu'au cataclysme de la guerre mondiale. Telle le phœnix antique, elle renaît de ses cendres, infiniment plus puissante, plus vaste, en 1925 à Hambourg dans la nouvelle Internationale Ouvrière et Socialiste dont le centre est à Zurich et vers laquelle se tournent aujourd'hui les espoirs et la confiance de dizaines de millions de travailleurs dans le monde entier.
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