| Texte du contenu : | Jules Ferry et Paul Bert, par Émile Glay
Jules Ferry et Paul Bert, voilà deux noms qui reviendront inévitablement quand on évoquera les lois laïques qui constituent la charte de l'enseignement primaire public en France. C'est que tous deux, avec des tempéraments divers, ont été les animateurs incomparables de l'activité parlementaire en faveur de l'instruction et de l'éducation du peuple et tous deux avaient entrevu le même idéal : la préparation des futurs citoyens à l'exercice de la plus redoutable des responsabilités, la gestion de la chose publique par délégation du suffrage universel. Dans son pamphlet intitulé La lutte électorale de 1863 à 1864, Jules Ferry dénonçait déjà les méfaits de la candidature officielle, l'embrigadement des électeurs par les maires pour conclure : "Le suffrage universel n'est pas seulement une institution sacrée souveraine, c'est toute une politique et presque un symbole. Il n'est pas seulement le fait, le droit, le juste, il est aussi l'inévitable. Il est tout le présent, il est tout l'avenir. Le suffrage universel est l'honneur des multitudes, le gage des déshérités, la réconciliation des classes, la vie légale pour tous. C'est en lui désormais qu'il faut vivre, espérer et croire. Même ennemis, il faut l'aimer." Jules Ferry conçoit cette valeur du suffrage universel par l'égalité de l'éducation. C'est ce qu'il exprime dans le discours du 10 avril 1870 à salle Molière. "Je me suis fait un serment, dit-il. Entre toutes les nécessités du temps présent, entre tous les problèmes, j'en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j'ai d'intelligence, tout ce que j'ai d'âme, de cœur, de puissance physique et morale. C'est l'éducation du peuple." Ce serment, on sait que Ferry le tint avec opiniâtreté. Avec Paul Bert, ce sont les mêmes préoccupations. Ce savant qui descendit de sa chaire illustre pour préparer la législation scolaire de 1881 justifiait ainsi la nécessité de l'instruction au point de vue politique "La Constitution, dit-il, pénètre jusqu'au fond de la plus humble bourgade, elle frappe sur l'épaule du paysan attaché à sa charrue et lui dit : Tu es le maître. Personne ne te commandera sinon toi-même et l'ensemble de tes concitoyens qui penseront et agiront simultanément avec toi. Mais comme tes pensées et tes actions ne peuvent pas s'exercer au sein des multitudes, tu délégueras momentanément ton droit à l'un de tes concitoyens. Seulement, prends bien garde au choix que tu feras car de ton vote dépendront la répartition des impôts que tu payes, les conditions et le développement de la fortune publique. De ton vote dépendra l'instruction de ton enfant, ta vie peut-être car, si tu places mal ta confiance, elle pourra être risquée dans quelque-une de ces guerres insensées et criminelles et nous en avons vu que ne justifient ni les intérêts ni l'honneur du pays. N'est-il donc pas nécessaire que le paysan sache comment il doit user de son droit et qu'il connaisse au sein de quelle société il vit de peur qu'ignorant et effaré il ne se livre à quelque énergumène et plus tard à quelque despote ?" Telles sont les pensées dominantes de ces deux grands hommes d’État auxquels nous devons non seulement une législation scolaire unique au monde mais encore la connaissance d'une méthode pédagogique qui conduit à l'affranchissement du peuple comme l'entrevoyait Condorcet.
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