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Date du transfert :
05-10-2024
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Henry de Montherlant parle de Parsiphaé
Parsiphaé a été écrit il y a dix ans et faisait partie d'un ensemble beaucoup plus considérable en étendue dont j'ai remis à plus tard l'exécution. Ce poème dramatique n'a pas été écrit pour la scène. Selon une habitude qui m'est chère pour nombre de mes ouvrages, j'ai même gardé celui-ci dans mes tiroirs pendant longtemps avant de la publier : huit ans. Encore ne parut-il qu'un nombre d'exemplaires restreint aujourd'hui épuisé. Une nouvelle édition doit en paraître dans quelques jours. Je n'ai jamais fait la moindre démarche pour faire jouer Parsiphaé parce que, en tant qu'artiste, je n'en sentais pas le besoin. Et quand Sylvain Itkine me demanda récemment de l'autoriser à monter la pièce, je le fis volontiers considérant Itkine comme un metteur en scène et animateur de grand avenir. Vous connaissez plus ou moins ce qui a rendu célèbre cette reine fabuleuse, Parsiphaé, qui est censée avoir vécu en Crète quelques trois mille ans avant Jésus-Christ. Sa passion pour un taureau dont elle eut un fils moitié homme moitié taureau, le minotaure. C'est ce sentiment que j'ai mis à la scène. Il y a sans doute quelques seize ou dix-sept siècles qu'un tel thème n'a été le sujet d'une œuvre dramatique représentée publiquement. Mon but en écrivant Parsiphaé était triple. Premièrement émouvoir, et émouvoir sur un départ qui pour des Européens du vingtième siècle est une sorte de gageure. Deuxièmement faire porter au public sur l'acte de Parsiphaé un jugement dans un certain sens. Troisièmement faire une œuvre d'art qui se suffit indépendamment de ses prolongements. Parsiphaé est donc une œuvre d'art mêlant autant que je l'ai dit le style humain et le style lyrique et qui en outre tend à contenir sur un thème antique quelque chose de très moderne ou plutôt quelque chose dont les valeurs sont éternelles. Vous me posez la question si Parsiphaé est une pièce osée. Le sujet évidemment est osé. Mais il y a aussi l'esprit dans lequel un sujet est traité. Les deux plans sur lesquels j'ai traité ce sujet, celui de la souffrance et celui de la conscience, je veux dire la conscience morale, sont des plans qui sont situés haut. La pièce ne sera jouée qu'une fois. C'est dire que la question de savoir si elle aura du succès ou non est sans importance. D'ailleurs, même si ça avait été une pièce qui cherche à courir une carrière, un jugement défavorable du public ne pouvait l'atteindre ne quoi que ce soit. Je suis l'homme de la page écrite. La pièce est écrite et cela seul compte à mes yeux. Vous me demandez aussi si je compte me mettre à faire du théâtre. Je commencerai l'été prochain un roman en trois volumes intitulé Les Garçons qui me demandera quatre ans de travail. Je ne pourrai travailler à rien d'autre qu'à cet ouvrage durant quatre ans. Ensuite, je compte rester un ou deux ans sans publier, ce qui nous mène à 1946. Si je suis vivant à ce moment, il est possible que j'écrive plusieurs pièces. Une pièce sur Port-Royal, une adaptation théâtrale des Jeunes filles qui m'a d'ailleurs été demandée déjà par les États-Unis, une adaptation théâtrale des Garçons. Les ébauches de ce roman Les Garçons remontent à l'année 1915 quand je n'avais pas vingt ans mais en même temps que je traçais les ébauches du roman, je traçais les ébauches de la même œuvre sous forme de pièce. C'est vous dire que mes débuts d'auteur dramatique, si j'ose dire, remontent très loin.