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Titre :Mort de Jacques Thibaud. Jules Boucherit, puis Gaston Poulet, évoquent Jacques Thibaud. Voix de Jacques Thibaud, évocation du trio Cortot, Thibaud, Casals.
Compositeur(s) et-ou auteur(s) :Jules Boucherit ; Jacques Thibaud ; Gaston Poulet
Interprète(s) :Jules Boucherit ; Jacques Thibaud ; Gaston Poulet
Fichier audio :
Photo(s) :
PhotoPhoto
Support d'enregistrement :Disque
Format :30 cm aiguille (enregistrement électrique)
Lieu d'enregistrement :Paris, France
Marque de fabrique, label :Radio Luxembourg
Numéro de catalogue :20179 - 20181
Date de l'enregistrement :1953-09-01
Vitesse (tours/minute) :78
Matériel employé au transfert :Stanton 150, pointe 5,0ET sur Shure, Elberg MD12 : courbe Westrex, Cedar duo declickle
Date du transfert :05-10-2024
Commentaires :Texte du contenu ci-joint.
Texte du contenu :Mort de Jacques Thibaud

L'artiste que vous venez d'entendre dans une interprétation de la Berceuse de Fauré vient de disparaître. Ce matin, la triste nouvelle s'est répandue dans le monde musical dans toute la France et bien au-delà des frontières. Le grand violoniste Jacques Thibaud nous a été arraché dans l'accident de l'avion Paris-Saïgon près de Barcelonnette. Son ami, Jules Boucherit, qui fut le professeur de Ginette Neveu disparue dans des conditions également tragiques et qui a quitté Jacques Thibaud hier peu avant son départ nous parle des derniers instants passés avec la maître.
- Il nous disait en riant hier : "Eh ben , je ne veux pas me casser la figure. Ce voyage, encore une fois, je ne me casserai pas la figure". Et toujours plaisantant, toujours mais ému tout de même. Je l'avais vu hier alors que je l'avais vu tous les jours précédents et j'avais pensé que ordinairement pour quitter tout de même un vieil ami comme moi il ne prenait pas autant de précautions
- Je pense que le virtuose voyageait souvent, on a dit qu'il avait fait le tour du monde plusieurs fois
- Oh ! écoutez, ça a été avec Kreisler, Isaÿe et Sarasate, ça a été les quatre grands virtuoses qui ont voyagé le plus et ceux qui ont eu les succès les plus extraordinaires.
- Et il était typiquement le représentant de l'école de violon française
- Ah ! le plus grand violoniste représentant la France qui ait jamais existé alors là.

Jacques Thibaud, arrêté cruellement au début de son voyage, allait donner des concerts d'abord à Saïgon puis dans plusieurs villes japonaises. L'un de ses concerts devait avoir lieu à Tokyo au palais de l'Impératrice qui portait à l'artiste la plus vive admiration. La carrière de Jacques Thibaud, mort aujourd'hui à l'âge de 73 ans, débuta à Bordeaux, ville dont il était originaire. À l'âge de huit ans déjà, il se fait entendre dans des concerts publics puis c'est l'épanouissement de cette carrière si étonnante qui le conduisit jusqu'aux sommets de l'art musical. Le chef d'orchestre Gaston Poulet qui fut directeur du Conservatoire de Bordeaux et qui l'a beaucoup connu plus tard dans sa ville natale évoque l'homme que fut Jacques Thibaud.
- Si vous voulez que je vous signale peut-être un des traits de son caractère qui était tellement, tellement gentil, tellement simple, n'est-ce pas, et c'est une chose qui ne fera que le grandir, ce que je vais dire. Je me rappelle un jour, au grand théâtre de Bordeaux, il jouait justement ce soir-là le concerto de Bach en mi majeur et puis après le concerto de Brahms et, pendant le concerto de Bach en mi majeur, nous attaquons le final, et vous savez que ce final est un thème avec variations. Le premier thème nous le jouons et dès la première variation mon cher Jacques se trompe de variation, il en prend une autre et j'essaie, je lui martèle les notes, n'est-ce pas, mais enfin il ne pouvait pas, il ne pouvait pas entendre. Et alors tout d'un coup, n'est-ce pas, c'était tellement drôle et gentil de sa part, il m'arrête, il me prend le bras, il me met les mains sur l'épaule, il me dit : "Ah ! non, mon cher Gaston, écoute, non, j'en ai assez de bafouiller, recommençons tout." C'était vraiment tellement gentil, tellement magnifique d'un homme comme cela, n'est-ce pas, d'agir avec cette simplicité, ça n' fait qu'ajouter à son triomphe.

Jacques Thibaud aimait passionnément son art, il aimait la vie. Son esprit vif savait amuser ses amis. Sa voix, vous la connaissez, elle avait passé sur nos ondes. Le maître rentrait précipitamment de l'étranger pour participer à l'une de nos émissions exposer avec quel charme les raisons de son retard
- Oui, j'étais comme tout le monde en passe à la douane sur la route en venant de Bruxelles à Paris tout à l'heure. J'appris que aujourd'hui toute la journée les douaniers français faisaient une grève zélée. Je descends mes bagages de mes propres mains, ils étaient un peu lourds, vous le sentirez tout à l'heure et j'ai demandé si je pouvais faire viser mon passeport avant de faire visiter mes bagages. Car aujourd'hui, non seulement on fait enlever les roues des automobiles mais on ouvre l'intérieur des pneus, on enlève les bougies, on a même enlevé les semelles des souliers d'un monsieur et j'avais très peur qu'une chose comme ça m'arrivât. Enfin, bref, j'obtins de faire viser mon passeport. Le hasard fait bien les choses car je suis tombé sur un commissaire de police qui était un collectionneur de disques de gramophone. Voyant mon nom sur mon passeport, et il me dit : "Oh ! mais je suis très content de vous voir, monsieur Thibaud, puis-je me permettre de vous demander un autographe ?" Je lui dis : "Oh ! je vais vous demander beaucoup plus que ça. Je vais vous signer autant d'autographes si vous voulez mais si vous voulez m'aider à la douane, je vous prie, parce que je suis affolé, je joue tout à l'heure à Paris." D'abord j'étais à peu près le cent cinquantième à passer et alors le douanier se retourne avec beaucoup d'astuce, beaucoup d'esprit, je dois dire, il me dit : "Voyons, quel est le suivant ? C'est vous, monsieur, n'est-ce pas ?" J'étais le cent cinquantième, enfin je suis passé et il a ouvert mes bagages mais il n'a rien regardé. C'est grâce à lui que j'ai le plaisir aujourd'hui de jouer devant vous.

Si l'on veut évoquer toutes les faces du talent de l'artiste, il faut aussi rappeler ses interprétations en trio avec Alfred Cortot et Pablo Casals, trois artistes dont les noms ont déplacé les foules du monde entier.

À Lausanne où il apprit la douloureuse nouvelle, le pianiste Alfred Cortot, profondément affecté, a dit qu'il se réservait de rendre bientôt un vibrant hommage au merveilleux artiste, au grand serviteur de la musique que fut Jacques Thibaud. À Prades, Pablo Casals, extrêmement peiné par la disparition de celui qui fut l'ami de sa jeunesse, a déclaré : "Avec Jacques Thibaud, la France perd un très grand artiste et un grand défenseur de son prestige à l'étranger." De Saint-Jean-Cap-Ferrat, la grande pianiste, madame Marguerite Long, qui avec Jacques Thibaud a donné son nom au célèbre concours international, a dit de son ami : "C'est surtout par la qualité de sa sonorité que Jacques Thibaud était un grand violoniste. Le son Thibaud était une chose unique au monde qui ne se retrouvera certainement plus." Et pour conclure, Gaston Poulet apporte l'hommage du monde musical.
- Notre grand Jacques Thibaud est parti. C'est pour nous une douleur qui est plus qu'importante car elle endeuille toute la musique française. Nous faisons actuellement en France, je dis, une perte irréparable et pour la question violonistique et nous perdons un très grand pédagogue, un très grand maître et il est certain que ce sera un courant très dur et très difficile à remonter. On ne se console pas de perte de cette force, de cette qualité.



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