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| Titre : | Mort de Paul Éluard : Philippe Soupault, puis Pierre Seghers évoquent Paul Éluard. Échos d'un orgue de Barbarie, chers à P. Éluard. Épitaphe, lecture de poèmes - Ministre Stéphane Stéphanopoulos : accords avec le maréchal Tito, 9 juillet 1952 | ||
| Compositeur(s) et-ou auteur(s) : | Philippe Soupault | ||
| Interprète(s) : | Philippe Soupault | ||
| Fichier audio : | |||
| Photo(s) : | |||
| Support d'enregistrement : | Disque | ||
| Format : | 30 cm aiguille (enregistrement électrique) | ||
| Lieu d'enregistrement : | Paris, France | ||
| Marque de fabrique, label : | Radio Luxembourg | ||
| Numéro de catalogue : | 20180 -20182 | ||
| Date de l'enregistrement : | 1952-11-18 | ||
| Vitesse (tours/minute) : | 78 | ||
| Matériel employé au transfert : | Stanton 150, pointe 5,0ET sur Shure, Elberg MD12 : courbe Westrex, Cedar duo declickle | ||
| Date du transfert : | 05-10-2024 | ||
| Commentaires : | Texte du contenu ci-joint. | ||
| Texte du contenu : | Mort de Paul Eluard
Un grand poète français vient de mourir. Paul Éluard s'est éteint ce matin à Paris. Celui qui fut pendant 30 ans un des maîtres de la poésie française naquit à Saint-Denis il y a cinquante-sept ans. C'est là qu'il passa ses premières années sous son vrai nom de Eugène Grindel avant de venir s'installer à Paris dont le fier amour le marqua toute sa vie. Ses études à l'école primaire supérieure Colbert furent interrompues à 16 ans. Malade, il lui faut aller se soigner en Suisse. À peine rétabli, en 1914, il doit partir pour la guerre dont il revient gazé et atteint de la gangrène des poumons. De 1920 date son activité poétique. De ses expériences antérieures il a ramené un univers d'images complexes mais un style riche d'images précises. C'est en 1922 qu'il se lie avec des écrivains et des peintres. Écoutez un de ses compagnons de jeunesse, Philippe Soupault, raconter comment Paul Éluard présenta ses premiers poèmes à ses camarades du groupe surréaliste. - Je le vois arriver il y a plus de 30 ans dans la chambre où nous l'attendions, André Breton et moi. Il nous apportait des poèmes de lui, ses premiers poèmes, imprimés sur une feuille de papier rose. Je me souviens qu'en nous donnant ces feuilles roses, ses mains tremblaient comme elles devaient toujours trembler pendant toute sa vie. C'était l'une de ses nombreuses façons d'exprimer la tendresse. Car il fut toujours un tendre, tendre comme le sont les arbres et les plantes qui poussent près des rivières. L'homme était singulier. Malgré sa haute taille, il donnait l'impression de fragilité et je crois cependant qu'il exagérait sa douceur. Sa voix n'était pas blanche mais pâle comme ses yeux, il marchait lentement malgré ses longues jambes, il avait un grand sens de la flânerie intérieure mais il était cependant méticuleux, ordonné, précis, ainsi que le reflète son écriture incroyablement lisible. Je cherche quel plaisir je pourrais lui faire en ce jour où il a barre sur moi. Dans mes souvenirs, je n'ai pu trouver que celui d'un aveu qu'il me fit. Ayant comme moi vécu à Paris les années de son enfance, il m'avoua avoir aimé passionnément, avec entêtement, l'orgue de Barbarie. Je voudrais, pour lui dire adieu, qu'on joue de l'orgue de Barbarie. [....] En 1922, il y a 30 ans, j'avais écrit déjà son épitaphe et je vais la réciter puisqu'elle lui avait plu : "Emporte là-haut ta canne et tes gants. Tiens-toi droit, les yeux fermés. Les nuages de coton sont loin et tu es parti sans me dire adieu. Il pleut, il pleut et aujourd'hui il neige." Pour son activité pendant la résistance, Paul Éluard fut décoré en 1947 de la médaille de la Résistance. Écoutez Pierre Seghers rappeler avec émotion le souvenir de cette époque : - C'est Éluard qui a été vraiment la voix de la France à ce moment-là. Vous me demandez des nouvelles de ce temps, de cette résistance, elle est très loin, vous savez, pour nous. Mais cependant quand je pense au parti pris, si naturel, qui fut pris par Paul Éluard, combien immédiatement cet homme fraternel s'est engagé à côté de tous ses frères, à côté de tous les hommes qui souffraient, combien il a été immédiatement du côté de l'espérance, il n'a pas marchandé, il n'a pas réfléchi, il n'a pas voulu jouer le pour et le contre, être dans les deux côtés, sur les deux plateaux de la balance, non, immédiatement, de toute sa foi, de toute sa gentillesse, de toute sa confiance, il est allé pour la liberté et il a écrit Liberté pour tous les hommes. Sur mes cahiers d’écolier Sur mon pupitre et les arbres Sur le sable sur la neige J’écris ton nom Sur l’absence sans désir Sur la solitude nue Sur les marches de la mort J’écris ton nom Sur la santé revenue Sur le risque disparu Sur l’espoir sans souvenir J’écris ton nom Et par le pouvoir d’un mot Je recommence ma vie Je suis né pour te connaître Pour te nommer Liberté. Paul Éluard a écrit de nombreux poèmes en hommage aux prisonniers et aux déportés. Écoutez un des 7 poèmes d'Amour en guerre Au nom de l'espoir enterré Au nom des larmes dans le noir Au nom des plaintes qui font rire Au nom des rires qui font peur Au nom des rires dans la rue De la douceur qui lie nos mains Au nom des fruits couvrant les fleurs Sur une terre belle et bonne Au nom des hommes en prison Au nom des femmes déportées Au nom de tous nos camarades Martyrisés et massacrés Pour n' avoir pas accepté l'ombre Il nous faut drainer la colère Et faire se lever le fer Pour préserver l'image haute Des innocents partout traqués Et qui partout vont triompher. C'est Pierre Seghers qui nous rappelle enfin un poème que les amis de Paul Éluard n'écouteront pas sans émotion - Vous savez qu'Éluard était un homme qui avait une foi fraternelle dans la bonté, dans la générosité, dans l'avenir de l'homme. C'était un homme vivant, c'était un camarade. Et c'est à un de ses camarades que Éluard, en 1942, dédia Avis La nuit qui précéda sa mort Fut la plus courte de sa vie L'idée qu'il existait encore Lui brûlait le sang aux poignets Le poids de son corps l'écœurait Sa force le faisait gémir C'est tout au fond de cette horreur Qu'il a commencé à sourire Il n'avait pas UN camarade Mais des millions et des millions Pour le venger, il le savait Et le jour se leva pour lui. ------------ Je suis très satisfait des pourparlers que j'ai eus tant avec le gouvernement yougoslave qu'avec Son Excellence le président de la république yougoslave, maréchal Tito, se sont déroulés dans une atmosphère très cordiale et d'une sincérité absolue. Et la preuve c'est que nous sommes arrivés à faire quelque chose de net et de précis. - Merci beaucoup, monsieur le ministre |
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