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Titre :Bonne année ! Éditorial prononcé par Monsieur Philippe Henriot sur les antennes de la Radiodiffusion Nationale le 1er janvier 1944 (I)
Compositeur(s) et-ou auteur(s) :Philippe Henriot
Interprète(s) :Philippe Henriot
Genre :Discours politique
Fichier audio :
Photo(s) :
PhotoPhoto
Support d'enregistrement :Disque
Format :30 cm aiguille (enregistrement électrique)
Lieu d'enregistrement :Paris, France
Marque de fabrique, label :Pathé
Numéro de double-face :PAT160
Numéro de catalogue :CPTX578-1
Inscriptions complémentaires :M6-106418
Date de l'enregistrement :1944-01-01
Vitesse (tours/minute) :78
Matériel employé au transfert :Stanton 150, pointe 2,5ET sur Shure, Elberg MD12 : courbe Westrex, Cedar duo declickle
Date du transfert :11-05-2025
Commentaires :Texte du contenu ci-joint.
Texte du contenu :Bonne année, éditorial de Philippe Henriot


Bonne année ! Comme ils passent difficilement nos lèvres, ces deux mots que dans les années heureuses nous répétions aux réunions de famille parmi les sourires, les bonbons et les étrennes. Comme ils sonnent faux dans notre âge de fer chargé des deuils d'hier et des angoisses de demain. Comme nous les prononçons avec hésitation, tremblant que pour ceux à qui ils s'adressent ils n'aient l'air d'une amère et blessante ironie. La vieille tradition demeure pourtant, plus forte que les déceptions et que les inquiétudes. Rien, ni les ruines, ni les disparitions, ni les épreuves si déconcertantes dans leur diabolique diversité n'arrache dans nos cœurs l'invincible espérance et, en ce premier janvier, la formule rituelle continue de s'échanger comme aux jours où nous croyions avoir des soucis parce que nous ne savions pas ce qui nous menaçait et que nous n'avions pas mesuré encore notre capacité de souffrir. Ils s'échangent aujourd'hui, ces souhaits, parmi les décombres et les ruines, devant les cercueils et devant les tombes, devant les détresses et devant les deuils et ils prennent une qualité particulière puisque nous enfermons maintenant dans ces deux mots toute la gravité de nos préoccupations, toute la confiance obstinée de nos espoirs. Les événements ont dépouillé cette formule de ce qu'elle avait naguère de banal et de convenu. Car c'est précisément quand le malheur est plus impitoyable qu'il est plus réconfortant de se tourner vers l'avenir en lui demandant d'être moins cruel que le passé. Bonne année donc à vous tous qui que vous soyez qui m'écoutez, bonne année aux amis, bonne année aux indifférents, bonne année aux adversaires. Laissons pour un instant sur le bord de la route le fardeau que nous portons, écoutons pendant cette halte battre simplement nos cœurs d'hommes et que ce soit loyalement, sans arrière-pensée, avec une profonde compréhension mutuelle qu'avant de repartir vers les tâches qui nous attendent, nous échangions nos vœux. Bonne année pour qu'elle nous amène la fin du cauchemar et nous rende la paix. Bonne année en attendant à ceux qui en ces heures troubles et désolées mènent la France au milieu d'écueils que n'indiquent point les cartes. Bonne année au Maréchal sur le pas duquel la France depuis quatre ans bientôt règle son pas. Bonne année au président Laval dont le patriotisme ne s'est laissé décourager ni par les incompréhensions, ni par les trahisons, ni par les hypocrisies. Que 1944 leur soit moins pesant que 1943 et que les Français comprennent mieux la noblesse et les difficultés de leur labeur. Bonne année, meilleure année, à ceux qui ont beaucoup souffert. Bonne année à ceux qui n'ont plus de toit pour qu'ils en trouvent un qui leur soit accueillant. Bonne année à ceux qu'hier encore sans miséricorde les bombardiers ennemis ont privé de leur foyer à l'heure même où ils s'apprêtaient à y recevoir la famille rassemblée autour des pauvres jouets préparés avec amour pour les enfants. Bonne année à ceux qui ont vu disparaître des êtres chers pour qu'ayant payé leur tribut hier ils soient épargnés demain. Bonne année à ceux qui se battent sur les fronts lointains pour y servir une cause plus sacrée pour eux que leur tranquillité et leur vie, bonne année à nos camarades, bonne année à nos fils combattants ou captifs, bonne année à ceux des camps pour qu'ils reviennent, bonne année aux exilés pour qu'ils revoient la patrie, bonne année aux égarés pour qu'ils se retrouvent, bonne année à ceux qui sont séparés pour qu'ils se rejoignent, bonne année à tous ceux à qui nous pensons, bonne année à ceux que nous pouvons oublier et qui, même omis dans une énumération, sont présents dans nos cœurs et dans nos vœux, bonne année à nos petits pour que nos souffrances achètent leur sécurité, bonne année à ceux qui peinent pour qu'ils soient récompensés, bonne année à ceux qui haïssent pour qu'ils apprennent à aimer, bonne année à ceux qui se dévouent pour qu'il recueillent en témoignage de reconnaissance le fruit de leur effort, bonne année malgré tout, malgré les menaces terribles de l'heure, malgré le ciel d'où tombent les bombes, malgré l'embuscade où l'agresseur se cache, malgré le lendemain sans sécurité, bonne année malgré les gênes, les ennuis, les tracas, les mécontentements, les injustices et les lassitudes. Nous faisons la somme cruelle de tant de maux, elle nous accable, elle ne nous décourage pas et nous essayons même de mettre plus de confiance dans notre sourire, plus de chaleur dans notre poignée de main pour nous dire : Bonne année ! mais ce n'est pas un simple vœu passif. Bonne année pour que nous nous accrochions avec plus d'ardeur que jamais au travail qui nous attend, pour que nous sachions que pas un de nos efforts ne peut être perdu, pour que nous pesions nos responsabilités et que nous nous sentions associés à la providence dans ce relèvement de la patrie que nous lui demandons si ardemment. Bonne année pour que nous embellissions en dépit de toutes nos déceptions notre vie quotidienne du rayon qui l'ensoleillera. C'est pourtant, c'est vrai, un jour comme tous les autres. Sur les champs de bataille les hommes continuent à souffrir et à mourir, derrière les barbelés nos prisonniers sentent davantage leur solitude et dans les villes lointaines nos ouvriers le poids de leur exil passager, dans les cités où ils sont réfugiés ceux qui n'ont plus de maison trouvent plus lourd à porter ce jour qui aurait dû être éclairé pour eux d'une douceur devenue trop rare. Et pourtant, dans les camps et sur les champs de bataille, dans leurs maisons de hasard et dans leurs logis étrangers, le même étrange besoin d'un peu de tendresse fraternelle leur fera dire aujourd'hui en se rencontrant : Bonne année ! Oui, bonne année aux absents pour qu'ils reviennent, bonne année aux malheureux pour qu'ils trouvent des cœurs compatissants, bonne année aux heureux, s'il en est encore, pour qu'ils songent plus tendrement aux autres, bonne année aux Français, bonne année à la France !



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