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| Titre : | Funérailles de Marc Sangnier (1er juin 1950) Adieux de Georges Bidault, président du Conseil, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, enregistrement Morin (Colombes) | ||||||||
| Compositeur(s) et-ou auteur(s) : | Georges Bidault | ||||||||
| Interprète(s) : | Georges Bidault | ||||||||
| Fichier audio : | |||||||||
| Photo(s) : | |||||||||
| Support d'enregistrement : | Disque | ||||||||
| Format : | 30 cm aiguille (enregistrement électrique) | ||||||||
| Lieu d'enregistrement : | Paris, France | ||||||||
| Marque de fabrique, label : | Technisonor | ||||||||
| Numéro de double-face : | 837 | ||||||||
| Numéro de catalogue : | 2858-ST | ||||||||
| Date de l'enregistrement : | 1950-06-01 | ||||||||
| Vitesse (tours/minute) : | 78 | ||||||||
| Matériel employé au transfert : | Stanton 150, pointe 3,0ET sur Shure, Elberg MD12 : courbe BSI, Cedar duo declickle | ||||||||
| Date du transfert : | 24-05-2025 | ||||||||
| Commentaires : | Texte du contenu ci-joint. | ||||||||
| Texte du contenu : | Funérailles de Marc Sangnier (1er juin 1950) Adieux de Georges Bidault, président du Conseil, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, enregistrement Morin (Colombes)
La parole est à monsieur Georges Bidault, président du Conseil. Le gouvernement de la République incline l'hommage de son respect et de sa tristesse devant le cercueil de Marc Sangnier en qui il salue un serviteur intrépide d'une paix et d'une justice également fraternelles au peuple. Celui dont la disparition endeuille bien au-delà des limites de la formation politique dont il était l'honneur tant d'amis épars à travers les familles spirituelles de la France n'a jamais cherché sa vie durant où il rencontra cependant bien des contradictions et des traverses qu'à servir de toutes les richesses d'un cœur magnanime et d'un verbe admirable ce qui était à ses yeux le bien, le vrai, le juste. Il n'a point eu d'ennemis parmi ceux qui l'ont connu. La permanence d'une fidélité sublime est l'idéal qui anima sa vie, a finit par vaincre, - hélas ! ce fut au seuil du tombeau, - les préventions, les préjugés et jusqu'à l'indifférence. La grande vie qui vient de s'achever ne s'est jamais souciée d'avantages matériels. Marc Sangnier né aux approches de l'opulence est mort dans le dépouillement total. Il ne s'est jamais soucié du succès de l'instant. L'apostolat auquel il s'était consacré valait pour les siècles. Ainsi honorons-nous dans la mémoire d'un des plus nobles Français un homme qui, ne les ayant pas recherchés, n'a recueilli ni les pouvoirs, ni les titres, ni les biens. Ce qu'il a recherché avec passion et servi avec éclat, c'est, je le répète après lui, le Royaume de Dieu et sa Justice. Nous voici réunis sur ce parvis illustre de Notre-Dame de Paris et voici qu'il nous a quittés. Mais il n'est pas séparé de nous parce que nous gardons sa pensée, son exemple et nous nous souvenons de son courage. Il n'est personne, même parmi ceux qui se croient les plus éloignés de son esprit, qui ne doive dans le temps où nous sommes quelque chose à l'action qu'il a conduite sans souci d'être récompensé mais sans aucune renonciation à convaincre. Dans le deuil qui nous atteint après un autre tout récent, c'est un sentiment poignant de solitude qu'éprouvent ceux que les coupes sombres de deux guerres et les coups répétés de la mort commencent à priver d'aînés. Mais celui que nous pleurons n'était pas seulement un aîné, c'était un ami et il se voulait un camarade. Jusqu'au dernier jour son cœur est resté jeune, son cerveau est resté clair. Aucune tentation ne lui vint jamais de revenir sur ce qui avait été la ligne droite de sa vie. Quand la foudre tomba sur le Sillon, il donna à ses adversaires et au monde une leçon d'humilité et de fidélité à lui-même qui est un inoubliable et rare exemple, la subordination du sens propre à la loi à laquelle on s'est proclamé soumis. La vie continua et, incapable de découragement, Marc Sangnier poursuivit à la fois dans le discipline et dans la liberté la tâche qu'il s'était assignée. Il sortit plus grand de l'épreuve qui aurait brisé l'orgueil mais qui n'atteignit pas dans sa volonté d'agir l'homme intrépide et simple qu'il a toujours été. Ses compagnons à cheveux blancs et ses disciples imberbes contemplent aujourd'hui tout ce qu'ils lui doivent, l'éblouissement des grands jours du Sillon, la Jeune République, l'Action pour la Paix, le Mouvement Républicain Populaire au soir de sa vie. Je ne peux pas oublier Bierville, les auberges de la jeunesse et tant d'autres choses. D'ailleurs, à droite et à gauche tant d'hommes lui auront dû au moins de changer leur manière de poser les questions. Ce sont tous ces souvenirs qui se lèvent devant nos yeux dans une lumière d’Évangile et qui font penser que personne, sans doute, dans cette assistance ne serait pareil à ce qu'il est si Marc Sanglier n'avait pas vécu, ni parmi ceux qui ont partagé avec toutes ses pensées son généreux et inoubliable effort, ni parmi ceux qui sont venus trop tard pour le connaître au moment où il était pour les uns un chef bien aimé et pour d'autres un adversaire méconnu. Ceux-là même qui n'auront été que des témoins distants de son exemple n'auraient pas, sans doute, la même vision des rapports spirituels et politiques si Marc Sangnier n'avait pas un jour croisé leur route. N'ayant rien demandé, il a beaucoup obtenu. Je ne sais si c'est plus ou moins que ne l'escomptait son rêve, ce rêve que nous saurons garder et chérir, mais plus assurément que la folie des sages [?] ne l'avait imaginé à l'époque où ce jeune polytechnicien fondait de trop prudents usages. Lentement, péniblement, inlassablement, avec cette admirable éloquence qui était la sienne et avec cette prodigalité du cœur qui lui appartenant en propre, il a fortement marqué son temps. Il me semble qu'auprès de la cathédrale de notre plus ancienne et de notre plus glorieuse histoire, la fierté désolée qui environne son cercueil est le témoignage qu'il n'a pas lutté en vain. La pensée fondamentale de Marc Sangnier a été dès les premiers jours et jusqu'à la dernière heure de rompre l'incompréhension séculaire qui existait entre la croyance chrétienne et une partie importante du peuple. Il est vrai que cet effort, si grands qu'aient été déjà les résultats obtenus, doit être poursuivi plus avant mais les premiers pas qui sont les plus difficiles, en cinquante ans d'histoire, ce grand idéaliste que trop de réalistes ont méconnu et qui était plus réaliste qu'eux les a fait franchir de telle manière que grâce à lui pour la plus large part les incompréhensions de naguère et les luttes désastreuses s'étaient écartées de la route. Et si quelques-uns doutent parce que tout n'est pas parfait, l'histoire récente est là pour témoigner. Je souhaite que son esprit continue d'inspirer les uns et les autres afin que nous comprenions tous qu'il est possible de s'entendre entre gens qui aiment la liberté, qui servent la justice et qui se souviennent du droit. L'amour est plus fort que la haine. Ainsi chantaient Marc Sangnier et ses premiers compagnons. Il me semble qu'il n'y a pas d'autre conseil avant l'éternel revoir que vous puissiez nous adresser, cher Marc, que celui de rester fidèle à cette maxime que vous nous avez enseignée, qui est vraie en tout temps même dans les temps durs et surtout, peut-être, dans les temps durs. J'adresse l'expression de ma profonde et respectueuse compassion à madame Marc Sangnier, épouse admirable et silencieuse associée de toute une vie, à vos enfants, à l'innombrable postérité de votre esprit, à tous ceux qui vieux et jeunes sont plongés dans la peine parce que vous les avez quittés et dont la consolation, cher Marc, viendra de vous encore auprès du suprême Juge du Bien et du Mal par le conseil de votre esprit présent parmi nous jusqu'au jour où nous nous retrouverons. Faut-il nous quitter sans espoir Sans espoir de retour ? Faut-il nous quitter sans espoir De nous revoir un jour ? Ce n'est qu'un au revoir, mes frères Ce n'est qu'un au revoir Oui, nous nous reverrons, mes frères, Ce n'est qu'un au revoir Car Dieu qui nous voit tous ensemble Et qui va nous bénir, Car Dieu qui nous voit tous ensemble Saura nous réunir. Ce n'est qu'un au revoir, mes frères Ce n'est qu'un au revoir Oui, nous nous reverrons, mes frères, Ce n'est qu'un au revoir |
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