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Titre :Marcel Brion, exposé consacré à Michel Ange
Interprète(s) :Marcel Brion
Fichier audio :Audio indisponible ou disponible sous conditions
Support d'enregistrement :Disque
Format :25 cm aiguille (enregistrement électrique)
Lieu d'enregistrement :Paris, France
Marque de fabrique, label :Pyral zinc – Radio Luxembourg
Date de l'enregistrement :1939-07-05
Vitesse (tours/minute) :78
Matériel employé au transfert :Stanton 150, pointe 3,0ET sur Shure, Elberg MD12 : courbe Westrex, Cedar duo declickle
Date du transfert :13-02-2026
Commentaires :Texte du contenu ci-joint. Collection José Sourillan. Marcel Brion (1895-1984), romancier, essayiste, critique littéraire et historien de l'art.
Texte du contenu :Déclaration de Marcel BRION :

... des grands seigneurs et des paysans. Ce génial maitre chanteur que fut l’ARETIN et la grande poétesse religieuse que fut Vittoria COLONNA, l’amie spirituelle de la vieillesse du grand artiste. Je dois dire alors que de toutes ces recherches, de tous ces traits patiemment assemblés, une figure se dégage qui n’est ni moins complexe, ni moins singulière que les physionomies de ces grands peintres fantastiques que furent Matthias GRUNEWALD, Jeronimus BOSCH, Peter BRUEGEL, auxquels j’ai consacré 3 livres publiés par les excellents éditeurs Whitman aux éditions d’Histoire et d’Art. Qu’on ne s’étonne pas si aujourd’hui à ces maîtres en diablerie, j’ajoute le visage de MICHEL-ANGE car il ne fut ni moins tourmenté qu’eux, ni moins secret. On croit tout savoir d’un artiste quand on a fait plus ou moins discrètement le tour de son monde. Mais, pour connaitre la totalité de son âme et de son géni, il faut plonger jusque dans les ténèbres dans la conscience et au-delà jusque dans les souterrains de l’inconscient. Nous y rencontrons alors un être douloureux, tourmenté, torturé. Cet être qui s’écriait parfois « il n’existe pas une ligne de moi où ne soit enfermée l’idée de la mort ». Cet être qui avait peint dans l’escalier de sa maison un immense squelette portant sur l’épaule un cercueil. Et ce même homme hanté par l’idée de la mort était aussi plein de tendresse et de timidité. Plein du désir d’aimer et d’être aimé. Cet artiste génial qui traitait les papes d’égal à égal, écrivait à ses amis qui étaient souvent d’humbles conditions d’exquises et touchantes lettres. C’est en faisant passer sur cette physionomie diverses lumières, en le regardant mêler aux luttes religieuses et politiques de son temps, en l’accompagnant dans les carrières de marbre, en le surprenant dans le silence de son atelier où vieux et ne pouvant dormir, il errait autour de ses statues inachevées, le marteau et le ciseau au poing une chandelle fichée dans une sorte de casque en papier sur la tête. C’est ce MICHEL-ANGE génial et familier que j’ai essayé de saisir et de fixer dans un portrait qui n’est peut-être hélas après tout qu’une silhouette...

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Une nuit où je me promenais dans les rues de Florence avec un de mes amis, qui est aussi un des plus grands écrivains italiens d’aujourd’hui, celui-ci me dit « je vais vous montrer une œuvre de MICHEL-ANGE que vous ne connaissez pas ». J’avouais ma curiosité. Je croyais bien n’en ignorer aucune. Il me conduisit alors devant la façade du vieux Palais de la Seigneurie. Là en tâtant la pierre, car les doigts y voyaient mieux que les yeux presque dans cette obscurité, je discernais une tête de faune sculptée ou plutôt incisée dans la pierre. La tradition populaire attribue cette tête de faune à MICHEL-ANGE enfant. Je me hâte de vous dire que cette tradition comme la plupart des légendes qui nous racontent des faits plus ou moins étonnants sur la genèse des grands artistes est fausse. Ce n’est pas de ce jour-là d’ailleurs que date le désir que j’ai eu de découvrir le secret de MICHEL-ANGE mais cette manière d’interroger la matière des doigts et des yeux dans un vague clair de lune brouillé de nuages, n’a fait qu’accroître l’ambition que j’avais de connaitre vraiment, totalement, tout le mystère de cette âme et de cette œuvre. L’artiste vous le connaissez : il fut à la fois un peintre prodigieux, un sculpteur sans égal, un architecte extraordinaire. Le créateurs d’œuvres immortelles dans la mesure où l’on peut dire que les chefs-d’œuvre sont exempts de tout danger de la destruction de la part de la nature des hommes. J’ai tenté d’expliquer ses œuvres dans le livre qui paraît aujourd’hui aux éditions Albin Michel. Mais j’ai tenté encore autre chose : sachant qu’on ne doit jamais séparer l’homme de l’artiste, j’ai essayé de savoir quel était l’homme MICHEL-ANGE. Et ce ne fut pas aussi facile qu’on peut le croire. Car ses biographes donnent de lui une image stylisée, sommaire, assez fausse en définitive. Après avoir interrogé ses (…) j’ai donc lu ses poèmes. Ses sonnets éclatants et mystérieux et aussi ses fragments pleins d’énigmes. Une ligne quelquefois jetée au dos d’un dessin où un seul ver lance la passion, le rêve ou la fantaisie en trait de feu. Après cela, je l’ai cherché dans sa correspondance, dans ses lettres familières à ses neveux, à ses amis, à ses protecteurs. J’ai vu sortir de l’ombre autour de lui toute une société bigarrée. Cette société de la Renaissance où il y avait des papes et des tailleurs de pierre, des grands seigneurs et des paysans. Ce génial maitre chanteur que fut l’ARETIN et la grande poétesse religieuse que fut Vittoria COLONNA, l’amie spirituelle de la vieillesse du grand artiste. Je dois dire alors que de toutes ces recherches, de tous ces traits patiemment assemblés, une figure se dégage qui n’est ni moins complexe, ni moins singulière que les physionomies de ces grands peintres fantastiques que furent Matthias GRUNEWALD, Jeronimus BOSCH, Peter BRUEGEL, auxquels j’ai consacré 3 livres publiés par les excellents éditeurs Whitman aux éditions d’Histoire et d’Art. Qu’on ne s’étonne pas si aujourd’hui à ces maîtres en diablerie j’ajoute le visage de MICHEL-ANGE car il ne fut ni moins tourmenté qu’eux, ni moins secret. On croit tout savoir d’un artiste quand on a fait plus ou moins discrètement le tour de son monde. Mais, pour connaitre la totalité de son âme et de son géni...


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